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JEAN CALAS


Toulouse, 1761. Le protestant Jean Calas, marchand d'étoffes, est accusé d'avoir tué son fils retrouvé pendu dans son arrière-boutique. Victime d'un procès partial et tendancieux empreint du climat d'intolérance religieuse du XVIIIe siècle, il est condamné a mort et est rompu vif sur la roue en 1762. L'intervention active de Voltaire permettra la réhabilitation de Calas en 1765.

15 euros
242 pages

E MAIL DE COMMANDE

Extrait du livre JEAN CALAS

Introduction

Un marchand d’étoffes toulousain, Jean Calas, de religion protestante, fut accusé du plus monstrueux des crimes : d’avoir étranglé son fils. Il fut torturé, rompu vif, roué et brûlé.
Les siens furent arrêtés avec lui ; on les impliqua dans cette abominable inculpation ; la femme de Calas, son autre fils, la servante et un étranger – qu’ils avaient à dîner ce soir-là furent prévenus d’avoir participé au meurtre, ou, tout au moins, d’en être les complices.
L’enfant aurait été assassiné à l’issue du repas de famille.
La raison ? Ces huguenots l’auraient immolé parce qu’il voulait ou il allait se convertir au catholicisme.
Jean Calas protesta de son innocence jusqu’au bout, jusqu’à l’ultime minute de sa vie. Les siens, comme lui, nièrent avec force et indignation le forfait qu’on leur reprochait.
Le Parlement de Toulouse, qui avait condamné à mort le chef de famille et qui attendait de lui des aveux, ne les ayant pas obtenus, relâcha les autres, faute de preuves.
Quatre ans après, sur l’intervention de Voltaire, les Maîtres des Requêtes près le Conseil du Roi réformaient l’arrêt du Parlement de Toulouse et réhabilitaient les Calas.
On a souvent commenté cette affaire, on a beaucoup écrit sur le procès. Les avis sont partagés. Tout comme à l’époque des Calas, les opinions confessionnelles se sont affrontées.
A Toulouse, on est généralement d’accord que Calas devait être coupable. On a fait confiance à cette vénérable institution, le Parlement, une des gloires de la cité, dont l’intégrité ne saurait être suspectée.
On a loué le zèle et la méthode de David de Beaudrigue, le bouillant capitoul qui mena l’affaire.
On n’a vu, dans l’intervention de Voltaire, qu’une occasion mise à profit par le patriarche de Ferney pour partir en guerre, une fois de plus, contre le « fanatisme » et contre le Parlement.
Or, beaucoup jugent encore de l’affaire Calas d’après la bibliographie toulousaine.
Aujourd’hui, les esprits se sont calmés, on peut, je crois, sans éveiller les susceptibilités des deux confessions, parler et écrire franchement de l’affaire Calas.
Le dossier est là qui s’ouvre librement à ceux qui veulent le consulter avec soin.
On n’y rencontrera pas une preuve de culpabilité, pas une présomption qui résiste à un sérieux examen. On s’y trouvera en présence d’un document pour ainsi dire unilatéral, à un assemblage de pièces de réquisitoire, et, nulle part, n’interviendra la contre-partie, c’est-à-dire un témoignage à décharge.
Les seuls témoins qui purent déposer en faveur des Calas n’apparaissent qu’au moment de la révision de Versailles, soit trois ans après la condamnation et le supplice.
Il nous est permis aujourd’hui de juger plus sainement si nous voulons bien embrasser d’un coup d’oeil d’ensemble toute la procédure et la totalité des éléments qui doivent lui être annexés, si nous faisons effort pour reconstituer l’atmosphère de 1761, si, par la pensée, nous nous reportons au milieu de la société toulousaine du dix-huitième siècle.
C’est ce que nous avons essayé de faire.
Un prévenu doit être présumé innocent jusqu’à ce que soient produites des preuves de sa culpabilité. C’est le grand principe du Droit et de la Justice. En 1761, Calas fut d’abord présumé coupable, et la procédure, après lui avoir ôté le bénéfice de la présomption d’innocence, ne lui donna pas les moyens de la recouvrer.
La question se pose tout autrement pour nous. Un honnête homme, qui a vécu une vie sans reproche au sein d’une famille estimée, est soudain accusé du plus horrible des crimes. Il nous répugne de l’en croire capable si on ne nous fait toucher du doigt son indignité.
Or, rien de tel ne nous est apparu dans le dossier ; au contraire, chaque pièce nous a raffermi dans notre opinion par la faiblesse des arguments produits, par l’insignifiance des faits.
Par contre, de nouvelles découvertes doivent ébranler singulièrement notre confiance dans la sagacité, l’impartialité, l’équité des juges. Des documents récents mis à jour nous permettent d’affirmer que celui qui fut l’âme de l’accusation, qui déchaîna l’affaire et la poursuivit avec acharnement, le capitoul David de Beaudrigue, était un magistrat prévaricateur et un fieffé coquin.
Tant vaut l’homme, tant vaut le système.
Par ailleurs, l’expérience usuelle et la science médicale viendront nous dire le contraire de ce qu’on a soutenu jusqu’ici, à savoir que le suicide de Marc-Antoine, matériellement, était très praticable et que la thèse du crime n’est guère soutenable.
Enfin, une série de témoignages exhumés du vieux fonds d’histoire toulousaine nous permettent de retrouver l’opinion à cette époque, de reconstituer au milieu de quel courant d’aveugle entraînement Calas et les siens furent poursuivis et jugés.
Nous sommes fort à l’aise, aujourd’hui, à longue distance, pour examiner l’affaire objectivement, hors de toute influence confessionnelle, de toute atmosphère passionnelle, d’autant que nous n’appartenons pas à la religion réformée.
Nous verrons, par contre, quel était l’état d’esprit du Parlement de Toulouse, et la sentence des magistrats sera ainsi tout expliquée.
Calas, du reste, ne fut condamné à l’unanimité, ni par les Capitouls, ni par la Chambre de la Tournelle. Il y eut, au sein de ces deux juridictions, des partisans de l’innocence.
Le marchand d’étoffes toulousain, jugé aujourd’hui sur les mêmes pièces, serait acquitté par n’importe quel tribunal.
Le crime qu’on lui reprocha apparaît inexplicable, invraisemblable ; il est contre la nature, contre le bon sens, contre la raison.

Chapitre 7

Le Capitoul et le Monitoire
Le Capitoul enquêteur semble avoir cru tout d’abord à la simplicité, à la facilité de sa tâche. Il s’agissait d’établir la préméditation du crime et, par voie de conséquence, d’en dégager le mobile, c’est-à-dire de prouver que Marc-Antoine avait été exécuté parce qu’il devait embrasser la religion catholique. Rien ne serait plus aisé, puisque toute la ville était pleine de cette rumeur.
Mais les choses n’allèrent ni vite ni au gré de David de Beaudrigue. Il avait beau citer de nombreux témoins, provoquer des dépositions multiples, la preuve n’était pas administrée, loin de là ; on ne possédait aucun argument sérieux, pas un fait valant d’être retenu pour conclure à l’assassinat. Quant aux témoignages relatifs à la future conversion de Marc-Antoine, dès qu’on les examinait d’un peu près, ils se réduisaient à néant.
Pourtant, les prévenus s’étaient mis en fort mauvaise posture. Dès que fut rendue l’ordonnance d’écrou, se voyant définitivement inculpés, ils comprirent toute l’imprudente gravité de leur mensonge de la veille ; ils revinrent sur leurs dépositions et déclarèrent, avec un accord remarquable, ce qui semble devoir être la vérité, c’est-à-dire, en ce qui concerne les trois hommes, qu’ils avaient trouvé Marc-Antoine pendu.
Leurs dépositions furent à peu près identiques. Elles différaient à peine et sur quelques points de détail. Ces légères divergences amenèrent une confrontation, au cours de laquelle David de Beaudrigue essaya vainement de mettre en contradiction le père Calas et les deux jeunes gens.
Ainsi, on demanda à Calas père par qui la corde avait été coupée. Il répondit qu’il ne le savait pas, mais qu’il pensait que ce devait être par Pierre ou par Lavaysse.
Pierre affirma que la corde n’avait jamais été coupée, qu’elle glissa simplement au moment où le pendu fut soulevé, le billot ayant roulé et étant tombé à terre.
Confronté avec son fils, le père soutint le même système, mais il finit par expliquer que, n’ayant rencontré aucune résistance pour emporter le cadavre de Marc-Antoine, il avait pensé que son fils avait coupé la corde.
Ce fut le plus grave désaccord qu’on rencontra dans l’interrogatoire ; on peut juger par là des autres.
Toutefois, David de Beaudrigue, comprenant l’importance des moindres détails, trouva que ses investigations du premier jour étaient un peu sommaires. Il décida de se rendre de nouveau dans la maison de la rue des Filettiers.
Sur sa demande, une ordonnance du Procureur du Roi prescrivit ce transport, qui eut lieu le 16 octobre, c’est-à-dire trois jours après la mort de Marc-Antoine.
Comme la loi les y autorisait, les représentants de la famille, c’est-à-dire Louis Calas le converti, ses sœurs Anne et Anne-Rose assistaient à ces opérations de police.
Les choses n’étaient peut-être pas demeurées tout à fait en l’état, puisque des soldats du guet avaient été laissés dans la maison pour garder les marchandises ; cette descente de justice un peu tardive risquait de demeurer infructueuse. Elle ne le fut pas cependant tout à fait.
David de Beaudrigue alla droit à ce qu’il cherchait : la corde et le billot. Il retrouva l’une derrière le comptoir où elle semblait avoir été jetée, l’autre entre la porte et le mur ; à la corde adhéraient encore quelques cheveux de Marc-Antoine ; il n’y avait point de doute. Le billot rond, mais aplati à l’une de ses extrémités, était bien cette tige de bois utilisée pour enrouler les étoffes et qui aurait servi de support au pendu.
Et, maintenant, le Capitoul va se rendre compte des choses. Passant et repassant entre les vantaux de la porte qui fait communiquer la boutique et l’arrière-magasin, il étudie s’il y a là une place suffisante pour un corps et quel angle d’ouverture est nécessaire à cet effet.
Il prend le billot, le pose sur les deux vantaux pour expérimenter s’il est assez long pour y reposer quand ceux-ci ne sont qu’à demi-course. L’expérience est concluante.
Voici un détail qui le retient. Sur l’un des battants de porte sont posées douze ficelles, qui se trouvaient là, manifestement, avant l’opération et qui n’ont pas bougé.
Il recueille avec plaisir cette circonstance favorable à la thèse de l’accusation.
Comment donc ces ficelles, si légèrement placées sur l’arête du panneau, n’auraient-elles pas été dérangées par les ultimes secousses spasmodiques qui doivent précéder la mort par pendaison ?
David de Beaudrigue a encore mesuré la hauteur du linteau de la porte qui est surmontée d’une imposte vitrée, il y a ajouté la longueur de la corde qui enserrait le cou du cadavre, et ce total il l’a additionné avec la longueur du corps de Marc-Antoine (1), en tenant compte de l’élasticité des muscles ; il a trouvé la pendaison possible, mais difficile.
Il s’en fallait de bien peu que les pieds du pendu ne touchassent le parquet.
Le Capitoul, cependant, paraît avoir omis un détail important. Il ne s’est pas attaché à rechercher si un escabeau se trouvait dans le voisinage immédiat du cadavre, le fatal escabeau d’où doit s’élancer le pendu pour franchir le pas suprême (2).
C’est là une grave lacune. Car on en déduira, plus tard, qu’il n’en existait pas et, par voie de conséquence, que cet accessoire indispensable au suicide faisant défaut, c’est à une pendaison criminelle qu’on peut conclure.
Un autre détail a été négligé par David.
Y avait-il du « luminaire » dans le magasin ?
Non, décidera l’accusation ; s’il n’est pas question de luminaire dans les procès-verbaux du Capitoul, c’est qu’il n’y en avait pas.
Or, il n’est pas possible que Marc-Antoine ait poursuivi dans les ténèbres les préparatifs et l’exécution d’un suicide aussi compliqué. C’est donc qu’il y a eu crime et que les assassins, leur forfait accompli, ont emporté la lumière.
Ces investigations sur les lieux étaient encore incomplètes, elles laissaient beaucoup de points dans l'ombre et beaucoup de circonstances demeuraient inexplicables.
Le fougueux enquêteur dut s'en rendre compte lui-même par la suite, car il répéta les visites officieuses dans la maison des Calas, explorant toutes les pièces et tous les recoins, recommençant sans cesse l'expérience du suicide avec l'assistance des soldats et même celle du bourreau, dont il ne négligeait pas l'opinion autorisée, pour bien se convaincre que Marc-Antoine n'avait pu se pendre tout seul.
Cependant, au milieu de la pénurie persistante d'arguments, on se tourna vers le changement de système de défense des Calas qu'on exploita contre eux.
On l'attribua à une suggestion venue du dehors, à des billets interceptés, et ce fut un des points les plus délicats du procès. Celui qui aurait inspiré cette nouvelle attitude aux Calas, c'était Me Carrière, avocat, intimement lié avec David Lavaysse et ami des accusés, qui aurait pu les voir à temps et aurait, ensuite, fait passer au chef de famille une lettre contenant les recommandations nécessaires.
Le pasteur Coquerel, dans son étude historique sur Jean Calas et sa famille, toujours préoccupé de plaider pour leur mémoire, argumente longuement sur les dates de ces lettres de Me Carrière qui n'ont pu avoir, établit-il, aucune influence sur les accusés, puisque, au moment où le père Calas reçut la sienne, et il fut le seul à en recevoir, il s’était déjà rétracté.
Le pasteur finit par se contredire lui-même en écrivant que les inculpés ne reçurent aucune visite ; il est de beaucoup préférable, je crois, pour s’approcher de la vérité, de s’en remettre au Mémoire justificatif de Lavaysse, qui avoue ingénument, bien que ce ne soit pas de son intérêt, ce qui s’est passé.
Lavaysse raconte que le 14 octobre, c’est-à-dire le lendemain de son arrestation, il reçut la visite de plusieurs amis, entre autres celle de Me Carrière, avocat, intimement lié avec son père, et qu’il lui raconta comment les choses s’étaient passées.
L’avocat, pour mieux se rendre compte, se transporta dans la maison de Calas et examina longuement les lieux. Il ne vit ni crochet ni clou auxquels on put se pendre.
– Vous m’avez trompé, dit-il à Lavaysse en revenant le voir, j’ai visité la porte, j’ai tout examiné et je n’ai rien trouvé à quoi Marc-Antoine puisse s’être pendu.
– Cela est pourtant certain, répondit Lavaysse, j’en suis sûr, je l’ai vu.
Carrière, alors, alla s’entretenir avec le père et le fils Calas, qui lui expliquèrent la position des battants de la porte et du billot de bois. L’avocat, sur ce, les engagea à dire toute la vérité et à ne plus s'embarrasser de ce qui pourrait advenir au cadavre du défunt.
Le lendemain, les accusés étaient mis au secret.
Le père Calas n'en écrivit pas moins une lettre à Me Carrière pour lui demander conseil. L'avocat, ouvrant cette missive en présence d'un témoin, l'abbé Bénabent, qui en a déposé, s'écria impatienté :
– Il faut qu'il ait perdu l'esprit ; je lui ai dit hier qu'il fallait déclarer la vérité et non pas ménager l'honneur du défunt (3).
Ainsi, par ses maladresses des premiers jours, le père Calas compromettait sa défense.
Cependant, malgré la profusion de témoins entendus, ils étaient plus de trente au 17 octobre, c'est-à-dire en quatre jours, l'accusation n'avait pas fait un pas.
De Senaux, président de la Chambre de la Tournelle au Parlement, dans une lettre à M. de Saint-Florentin, datée du 20 octobre, écrivait :
« La procédure est commencée à la requête du ministère public, et, jusqu'à présent, les dépositions des témoins ne fournissent que de violents soupçons contre les accusés, et j'espère que les preuves deviendront complètes par les révélations que produira un chef de Monitoire qui fut publié hier matin à cet effet. » (4)
C'était un aveu d'impuissance des accusateurs qu'en être réduits à cette procédure extraordinaire du Monitoire.
Le Monitoire est bien un des plus étranges moyens de justice qu'ait connu l'Ancien Régime. Il consistait à mêler la religion à l'instruction criminelle et à menacer des foudres de Dieu, par l'entremise des prêtres, tous ceux qui n'apportaient pas aux accusateurs les témoignages dont ils avaient besoin.
Le Monitoire se présentait comme un acte d'accusation ; c'était presque un réquisitoire. Rédigé par le Procureur du Roi près les Capitouls, Charles Lagane, celui qui visait les Calas demeurera un des plus typiques. L'archevêque de Toulouse, Richard Dillon, en autorisa la publication qui devait être faite, selon la règle, au prône des paroisses, et il consentit à la formule : « Tous ceux qui sauraient, par ouï-dire ou autrement, les faits en question, s'ils ne venaient les déclarer soit à la justice, soit à leurs curés, encourraient la peine de l'excommunication. »
Ainsi donc, après la publication en chaire du Monitoire, tout ecclésiastique avait des pouvoirs de juge d’instruction, mais de juge d’instruction un peu particulier, qui ne devait recueillir que des dépositions à charge. Ceux qui, en effet, auraient eu à déposer en faveur des accusés ne pouvaient que se taire, car aucun des articles du Monitoire ne les appelait.
Voici, du reste, ce singulier document qui présume les Calas coupables et demande confirmation de faits, la plupart imaginaires ou issus de grossiers racontars.


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Toulouse, 1761. Le protestant Jean Calas, marchand d'étoffes, est accusé d'avoir tué son fils retrouvé pendu dans son arrière-boutique. Victime d'un procès partial et tendancieux empreint du climat d'intolérance religieuse du XVIIIe siècle, il est condamné a mort et est rompu vif sur la roue en 1762. L'intervention active de Voltaire permettra la réhabilitation de Calas en 1765.

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Introduction

Un marchand d’étoffes toulousain, Jean Calas, de religion protestante, fut accusé du plus monstrueux des crimes : d’avoir étranglé son fils. Il fut torturé, rompu vif, roué et brûlé.
Les siens furent arrêtés avec lui ; on les impliqua dans cette abominable inculpation ; la femme de Calas, son autre fils, la servante et un étranger – qu’ils avaient à dîner ce soir-là furent prévenus d’avoir participé au meurtre, ou, tout au moins, d’en être les complices.
L’enfant aurait été assassiné à l’issue du repas de famille.
La raison ? Ces huguenots l’auraient immolé parce qu’il voulait ou il allait se convertir au catholicisme.
Jean Calas protesta de son innocence jusqu’au bout, jusqu’à l’ultime minute de sa vie. Les siens, comme lui, nièrent avec force et indignation le forfait qu’on leur reprochait.
Le Parlement de Toulouse, qui avait condamné à mort le chef de famille et qui attendait de lui des aveux, ne les ayant pas obtenus, relâcha les autres, faute de preuves.
Quatre ans après, sur l’intervention de Voltaire, les Maîtres des Requêtes près le Conseil du Roi réformaient l’arrêt du Parlement de Toulouse et réhabilitaient les Calas.
On a souvent commenté cette affaire, on a beaucoup écrit sur le procès. Les avis sont partagés. Tout comme à l’époque des Calas, les opinions confessionnelles se sont affrontées.
A Toulouse, on est généralement d’accord que Calas devait être coupable. On a fait confiance à cette vénérable institution, le Parlement, une des gloires de la cité, dont l’intégrité ne saurait être suspectée.
On a loué le zèle et la méthode de David de Beaudrigue, le bouillant capitoul qui mena l’affaire.
On n’a vu, dans l’intervention de Voltaire, qu’une occasion mise à profit par le patriarche de Ferney pour partir en guerre, une fois de plus, contre le « fanatisme » et contre le Parlement.
Or, beaucoup jugent encore de l’affaire Calas d’après la bibliographie toulousaine.
Aujourd’hui, les esprits se sont calmés, on peut, je crois, sans éveiller les susceptibilités des deux confessions, parler et écrire franchement de l’affaire Calas.
Le dossier est là qui s’ouvre librement à ceux qui veulent le consulter avec soin.
On n’y rencontrera pas une preuve de culpabilité, pas une présomption qui résiste à un sérieux examen. On s’y trouvera en présence d’un document pour ainsi dire unilatéral, à un assemblage de pièces de réquisitoire, et, nulle part, n’interviendra la contre-partie, c’est-à-dire un témoignage à décharge.
Les seuls témoins qui purent déposer en faveur des Calas n’apparaissent qu’au moment de la révision de Versailles, soit trois ans après la condamnation et le supplice.
Il nous est permis aujourd’hui de juger plus sainement si nous voulons bien embrasser d’un coup d’oeil d’ensemble toute la procédure et la totalité des éléments qui doivent lui être annexés, si nous faisons effort pour reconstituer l’atmosphère de 1761, si, par la pensée, nous nous reportons au milieu de la société toulousaine du dix-huitième siècle.
C’est ce que nous avons essayé de faire.
Un prévenu doit être présumé innocent jusqu’à ce que soient produites des preuves de sa culpabilité. C’est le grand principe du Droit et de la Justice. En 1761, Calas fut d’abord présumé coupable, et la procédure, après lui avoir ôté le bénéfice de la présomption d’innocence, ne lui donna pas les moyens de la recouvrer.
La question se pose tout autrement pour nous. Un honnête homme, qui a vécu une vie sans reproche au sein d’une famille estimée, est soudain accusé du plus horrible des crimes. Il nous répugne de l’en croire capable si on ne nous fait toucher du doigt son indignité.
Or, rien de tel ne nous est apparu dans le dossier ; au contraire, chaque pièce nous a raffermi dans notre opinion par la faiblesse des arguments produits, par l’insignifiance des faits.
Par contre, de nouvelles découvertes doivent ébranler singulièrement notre confiance dans la sagacité, l’impartialité, l’équité des juges. Des documents récents mis à jour nous permettent d’affirmer que celui qui fut l’âme de l’accusation, qui déchaîna l’affaire et la poursuivit avec acharnement, le capitoul David de Beaudrigue, était un magistrat prévaricateur et un fieffé coquin.
Tant vaut l’homme, tant vaut le système.
Par ailleurs, l’expérience usuelle et la science médicale viendront nous dire le contraire de ce qu’on a soutenu jusqu’ici, à savoir que le suicide de Marc-Antoine, matériellement, était très praticable et que la thèse du crime n’est guère soutenable.
Enfin, une série de témoignages exhumés du vieux fonds d’histoire toulousaine nous permettent de retrouver l’opinion à cette époque, de reconstituer au milieu de quel courant d’aveugle entraînement Calas et les siens furent poursuivis et jugés.
Nous sommes fort à l’aise, aujourd’hui, à longue distance, pour examiner l’affaire objectivement, hors de toute influence confessionnelle, de toute atmosphère passionnelle, d’autant que nous n’appartenons pas à la religion réformée.
Nous verrons, par contre, quel était l’état d’esprit du Parlement de Toulouse, et la sentence des magistrats sera ainsi tout expliquée.
Calas, du reste, ne fut condamné à l’unanimité, ni par les Capitouls, ni par la Chambre de la Tournelle. Il y eut, au sein de ces deux juridictions, des partisans de l’innocence.
Le marchand d’étoffes toulousain, jugé aujourd’hui sur les mêmes pièces, serait acquitté par n’importe quel tribunal.
Le crime qu’on lui reprocha apparaît inexplicable, invraisemblable ; il est contre la nature, contre le bon sens, contre la raison.

Chapitre 7

Le Capitoul et le Monitoire
Le Capitoul enquêteur semble avoir cru tout d’abord à la simplicité, à la facilité de sa tâche. Il s’agissait d’établir la préméditation du crime et, par voie de conséquence, d’en dégager le mobile, c’est-à-dire de prouver que Marc-Antoine avait été exécuté parce qu’il devait embrasser la religion catholique. Rien ne serait plus aisé, puisque toute la ville était pleine de cette rumeur.
Mais les choses n’allèrent ni vite ni au gré de David de Beaudrigue. Il avait beau citer de nombreux témoins, provoquer des dépositions multiples, la preuve n’était pas administrée, loin de là ; on ne possédait aucun argument sérieux, pas un fait valant d’être retenu pour conclure à l’assassinat. Quant aux témoignages relatifs à la future conversion de Marc-Antoine, dès qu’on les examinait d’un peu près, ils se réduisaient à néant.
Pourtant, les prévenus s’étaient mis en fort mauvaise posture. Dès que fut rendue l’ordonnance d’écrou, se voyant définitivement inculpés, ils comprirent toute l’imprudente gravité de leur mensonge de la veille ; ils revinrent sur leurs dépositions et déclarèrent, avec un accord remarquable, ce qui semble devoir être la vérité, c’est-à-dire, en ce qui concerne les trois hommes, qu’ils avaient trouvé Marc-Antoine pendu.
Leurs dépositions furent à peu près identiques. Elles différaient à peine et sur quelques points de détail. Ces légères divergences amenèrent une confrontation, au cours de laquelle David de Beaudrigue essaya vainement de mettre en contradiction le père Calas et les deux jeunes gens.
Ainsi, on demanda à Calas père par qui la corde avait été coupée. Il répondit qu’il ne le savait pas, mais qu’il pensait que ce devait être par Pierre ou par Lavaysse.
Pierre affirma que la corde n’avait jamais été coupée, qu’elle glissa simplement au moment où le pendu fut soulevé, le billot ayant roulé et étant tombé à terre.
Confronté avec son fils, le père soutint le même système, mais il finit par expliquer que, n’ayant rencontré aucune résistance pour emporter le cadavre de Marc-Antoine, il avait pensé que son fils avait coupé la corde.
Ce fut le plus grave désaccord qu’on rencontra dans l’interrogatoire ; on peut juger par là des autres.
Toutefois, David de Beaudrigue, comprenant l’importance des moindres détails, trouva que ses investigations du premier jour étaient un peu sommaires. Il décida de se rendre de nouveau dans la maison de la rue des Filettiers.
Sur sa demande, une ordonnance du Procureur du Roi prescrivit ce transport, qui eut lieu le 16 octobre, c’est-à-dire trois jours après la mort de Marc-Antoine.
Comme la loi les y autorisait, les représentants de la famille, c’est-à-dire Louis Calas le converti, ses sœurs Anne et Anne-Rose assistaient à ces opérations de police.
Les choses n’étaient peut-être pas demeurées tout à fait en l’état, puisque des soldats du guet avaient été laissés dans la maison pour garder les marchandises ; cette descente de justice un peu tardive risquait de demeurer infructueuse. Elle ne le fut pas cependant tout à fait.
David de Beaudrigue alla droit à ce qu’il cherchait : la corde et le billot. Il retrouva l’une derrière le comptoir où elle semblait avoir été jetée, l’autre entre la porte et le mur ; à la corde adhéraient encore quelques cheveux de Marc-Antoine ; il n’y avait point de doute. Le billot rond, mais aplati à l’une de ses extrémités, était bien cette tige de bois utilisée pour enrouler les étoffes et qui aurait servi de support au pendu.
Et, maintenant, le Capitoul va se rendre compte des choses. Passant et repassant entre les vantaux de la porte qui fait communiquer la boutique et l’arrière-magasin, il étudie s’il y a là une place suffisante pour un corps et quel angle d’ouverture est nécessaire à cet effet.
Il prend le billot, le pose sur les deux vantaux pour expérimenter s’il est assez long pour y reposer quand ceux-ci ne sont qu’à demi-course. L’expérience est concluante.
Voici un détail qui le retient. Sur l’un des battants de porte sont posées douze ficelles, qui se trouvaient là, manifestement, avant l’opération et qui n’ont pas bougé.
Il recueille avec plaisir cette circonstance favorable à la thèse de l’accusation.
Comment donc ces ficelles, si légèrement placées sur l’arête du panneau, n’auraient-elles pas été dérangées par les ultimes secousses spasmodiques qui doivent précéder la mort par pendaison ?
David de Beaudrigue a encore mesuré la hauteur du linteau de la porte qui est surmontée d’une imposte vitrée, il y a ajouté la longueur de la corde qui enserrait le cou du cadavre, et ce total il l’a additionné avec la longueur du corps de Marc-Antoine (1), en tenant compte de l’élasticité des muscles ; il a trouvé la pendaison possible, mais difficile.
Il s’en fallait de bien peu que les pieds du pendu ne touchassent le parquet.
Le Capitoul, cependant, paraît avoir omis un détail important. Il ne s’est pas attaché à rechercher si un escabeau se trouvait dans le voisinage immédiat du cadavre, le fatal escabeau d’où doit s’élancer le pendu pour franchir le pas suprême (2).
C’est là une grave lacune. Car on en déduira, plus tard, qu’il n’en existait pas et, par voie de conséquence, que cet accessoire indispensable au suicide faisant défaut, c’est à une pendaison criminelle qu’on peut conclure.
Un autre détail a été négligé par David.
Y avait-il du « luminaire » dans le magasin ?
Non, décidera l’accusation ; s’il n’est pas question de luminaire dans les procès-verbaux du Capitoul, c’est qu’il n’y en avait pas.
Or, il n’est pas possible que Marc-Antoine ait poursuivi dans les ténèbres les préparatifs et l’exécution d’un suicide aussi compliqué. C’est donc qu’il y a eu crime et que les assassins, leur forfait accompli, ont emporté la lumière.
Ces investigations sur les lieux étaient encore incomplètes, elles laissaient beaucoup de points dans l'ombre et beaucoup de circonstances demeuraient inexplicables.
Le fougueux enquêteur dut s'en rendre compte lui-même par la suite, car il répéta les visites officieuses dans la maison des Calas, explorant toutes les pièces et tous les recoins, recommençant sans cesse l'expérience du suicide avec l'assistance des soldats et même celle du bourreau, dont il ne négligeait pas l'opinion autorisée, pour bien se convaincre que Marc-Antoine n'avait pu se pendre tout seul.
Cependant, au milieu de la pénurie persistante d'arguments, on se tourna vers le changement de système de défense des Calas qu'on exploita contre eux.
On l'attribua à une suggestion venue du dehors, à des billets interceptés, et ce fut un des points les plus délicats du procès. Celui qui aurait inspiré cette nouvelle attitude aux Calas, c'était Me Carrière, avocat, intimement lié avec David Lavaysse et ami des accusés, qui aurait pu les voir à temps et aurait, ensuite, fait passer au chef de famille une lettre contenant les recommandations nécessaires.
Le pasteur Coquerel, dans son étude historique sur Jean Calas et sa famille, toujours préoccupé de plaider pour leur mémoire, argumente longuement sur les dates de ces lettres de Me Carrière qui n'ont pu avoir, établit-il, aucune influence sur les accusés, puisque, au moment où le père Calas reçut la sienne, et il fut le seul à en recevoir, il s’était déjà rétracté.
Le pasteur finit par se contredire lui-même en écrivant que les inculpés ne reçurent aucune visite ; il est de beaucoup préférable, je crois, pour s’approcher de la vérité, de s’en remettre au Mémoire justificatif de Lavaysse, qui avoue ingénument, bien que ce ne soit pas de son intérêt, ce qui s’est passé.
Lavaysse raconte que le 14 octobre, c’est-à-dire le lendemain de son arrestation, il reçut la visite de plusieurs amis, entre autres celle de Me Carrière, avocat, intimement lié avec son père, et qu’il lui raconta comment les choses s’étaient passées.
L’avocat, pour mieux se rendre compte, se transporta dans la maison de Calas et examina longuement les lieux. Il ne vit ni crochet ni clou auxquels on put se pendre.
– Vous m’avez trompé, dit-il à Lavaysse en revenant le voir, j’ai visité la porte, j’ai tout examiné et je n’ai rien trouvé à quoi Marc-Antoine puisse s’être pendu.
– Cela est pourtant certain, répondit Lavaysse, j’en suis sûr, je l’ai vu.
Carrière, alors, alla s’entretenir avec le père et le fils Calas, qui lui expliquèrent la position des battants de la porte et du billot de bois. L’avocat, sur ce, les engagea à dire toute la vérité et à ne plus s'embarrasser de ce qui pourrait advenir au cadavre du défunt.
Le lendemain, les accusés étaient mis au secret.
Le père Calas n'en écrivit pas moins une lettre à Me Carrière pour lui demander conseil. L'avocat, ouvrant cette missive en présence d'un témoin, l'abbé Bénabent, qui en a déposé, s'écria impatienté :
– Il faut qu'il ait perdu l'esprit ; je lui ai dit hier qu'il fallait déclarer la vérité et non pas ménager l'honneur du défunt (3).
Ainsi, par ses maladresses des premiers jours, le père Calas compromettait sa défense.
Cependant, malgré la profusion de témoins entendus, ils étaient plus de trente au 17 octobre, c'est-à-dire en quatre jours, l'accusation n'avait pas fait un pas.
De Senaux, président de la Chambre de la Tournelle au Parlement, dans une lettre à M. de Saint-Florentin, datée du 20 octobre, écrivait :
« La procédure est commencée à la requête du ministère public, et, jusqu'à présent, les dépositions des témoins ne fournissent que de violents soupçons contre les accusés, et j'espère que les preuves deviendront complètes par les révélations que produira un chef de Monitoire qui fut publié hier matin à cet effet. » (4)
C'était un aveu d'impuissance des accusateurs qu'en être réduits à cette procédure extraordinaire du Monitoire.
Le Monitoire est bien un des plus étranges moyens de justice qu'ait connu l'Ancien Régime. Il consistait à mêler la religion à l'instruction criminelle et à menacer des foudres de Dieu, par l'entremise des prêtres, tous ceux qui n'apportaient pas aux accusateurs les témoignages dont ils avaient besoin.
Le Monitoire se présentait comme un acte d'accusation ; c'était presque un réquisitoire. Rédigé par le Procureur du Roi près les Capitouls, Charles Lagane, celui qui visait les Calas demeurera un des plus typiques. L'archevêque de Toulouse, Richard Dillon, en autorisa la publication qui devait être faite, selon la règle, au prône des paroisses, et il consentit à la formule : « Tous ceux qui sauraient, par ouï-dire ou autrement, les faits en question, s'ils ne venaient les déclarer soit à la justice, soit à leurs curés, encourraient la peine de l'excommunication. »
Ainsi donc, après la publication en chaire du Monitoire, tout ecclésiastique avait des pouvoirs de juge d’instruction, mais de juge d’instruction un peu particulier, qui ne devait recueillir que des dépositions à charge. Ceux qui, en effet, auraient eu à déposer en faveur des accusés ne pouvaient que se taire, car aucun des articles du Monitoire ne les appelait.
Voici, du reste, ce singulier document qui présume les Calas coupables et demande confirmation de faits, la plupart imaginaires ou issus de grossiers racontars.


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